Chasse Au Spam, Googlepedia Et Après

GooglepediaChasse au spam généralisée –  Le contexte – Montée des critères d’autorité et de confiance – Augmentation des coûts d’entrée sur le Web – Grande consolidation des acteurs – Googlepedia – Une fin schumpeterienne.

Nous avons vu dans le précédent article : Accélération de la croissance du Web – Loi de l’offre – Plagiat ou vol – Sélection naturelle – Dilution des contenu

Chasse au spam généralisée

Qu’est-ce que le spam ? Tout dépend selon qui. Pour les utilisateurs, à peu près tout sur Internet est devenu du spam aujourd’hui, selon la notion de pollution que le spam revêt. Est-ce bon ? Le spam nous rassure et nous divertit. Après il y a ce spam dans nos boîtes mail, ça c’est vraiment le mal. Cela ne nous permet-il pas d’ailleurs de savoir ce qu’est le spam ? Le spam dépend de l’utilisateur et c’est son affaire de regarder une émission de TV réalité ou de lire un livre de Julien Gracq, de même qu’il y a bien des acheteurs de Viagra qui justifient l’intérêt économique prévalant à l’envoi de millions de mails non sollicités pour ce produit. Subir Nabila ou une pilule bleue…

Tout contenu hors contexte est du spam

Au sens de Google, le spam c’est comme le cholestérol, il faut distinguer le HDL/LDL, bref le bon et le mauvais. Il y a le spam utile, monétisable. Tout le contenu indexé par le moteur est un stock de ressource quasi infinie alimenté par un flux perpétuellement renouvelable et gratuit. Il suffit de trier, d’extraire (avec des coûts d’extraction) le contenu exploitable brut ou transformé. Comme pour toute entreprise qui cherchera à optimiser son bénéfice, il faut augmenter le volume d’affaires et réduire les coûts. Nous pouvons lire toutes les actions de Google avec cette simple grille de lecture que je nomme le contexte Googlepedia. Même si c’est un peu naze et pompeux. En attendant autre chose.

Tout reliquat de contenu, comprendre les déchets, sont alors du spam pour Google. Tout le monde paye, en contenus utilisables pour les éditeurs ou en cash pour les annonceurs.

Montée des critères d’autorité et de confiance

Dans cette situation, les acteurs qui jouent le jeu doivent être distingués, discriminés. Le nombre de catégories occupées par des sites d’autorité (placés manuellement ou pas importe peu) va se généraliser, chassant la copie inutile comme du spam, limitant la concurrence et oblitérant toute une partie de la création ou simplement la différence. Evidemment depuis le début de cet article je ne parle pas du fond de l’index, en page 2 il y a la relève, vient ensuite la réserve dans les 3, 5, allez voire les 10 premières pages ; après, appelez ça oubliettes, poubelle, recyclage, comme vous voudrez.

Augmentation des coûts d’entrée sur le Web

Dans ce contexte, les coûts d’entrée sur le Web vont devenir de moins en moins marginaux. Nul n’ignore ce que représente le moteur : le classement et l’accès à l’information, la formidable place de marché et d’intermédiation, la part des transactions induites dans l’économie. Pour une partie croissante de l’Humanité, arrêter Google c’est comme couper Internet ou éteindre l’électricité. La baisse des coûts pour exister sur le Web a atteint un plateau et cette tendance pourrait s’inverser avec des coûts croissants d’admin sys (sécurité et performance). L’augmentation des postes à prévoir pour être visible quant elle devrait représenter le principal coût pour réussir à maintenir l’avion en l’air.

Grande consolidation des acteurs et Googlepedia

Ce mouvement est évidemment en cours depuis près de dix ans. Pour ceux qui ont eu la chance de connaître le Web non commercial, – que je daterais d’avant 2004 en raison de la reprise du secteur et de l’accomplissement de nombreuses promesses de la bulle Internet 1999-2000 qui après le tsunami se réalisèrent, 2004 aussi pour les mots-valise nées du concept marketing de « Web 2.0″ que certaines personnes dans la voiture balai utilisent encore -, même si le Web demeure le théâtre de la petite création destructrice (« disruption », « uberisation », « 2.0 », etc.) jusqu’à aujourd’hui, globalement dans un monde Googleien les cartes et territoires ont été distribués et l’affaire est déjà bien pliée.

Ce qui nous amène à la Googlepedia, une carte du monde comme il y eu en géopolitique la Guerre Froide, bi-polaire, puis après la ruine de l’URSS la Pax Americana seule, un moment d’hégémonie rare dont nul ne sait quand il prendra fin. Il ne semble pas que ce soit un grand nom qui mette ce géant à terre, ni Facebook, ni même Apple ne semblant à la mesure.

Une fin schumpeterienne

Entendu, ça n’est pas de la grande prévoyance que d’imaginer que cet épisode se terminera. Je pense à une Grande création destructrice qui rende le modèle et la technologie de Google obsolète, en tant que « machine à afficher des publicité » (1) et donc dit comme ça, des Pages Jaunes. Cela pourrait accompagner ou être la conséquence d’un changement d’époque dans le Web ou peut-être même l’Internet.

Cette course à la visibilité, ce couple éditeur-annonceur exacerbé, la mission originelle d’organisation de l’information, la consolidation bien durcie : nul doute que cette époque à encore de belles années à vivre avant que le Web ne présente plus aucune différence avec la Télévision. Qu’ils aient fusionné même. Dire « la fin du Web tel que nous le connaissons » peut sembler une pirouette facile mais l’idée est là : il faudra attendre que l’Internet produise autre chose que le Web, probablement un sous-réseau de réseaux répartis, peut-être sur la base d’une partie des objets connectés qui ne contiendrait plus l’information organisée à propos du monde, mais l’information directement issue du monde – la réalité captée devenant l’information.

Nous savons tous que Google est déjà sur ce terrain avec ses projets comme ceux sur la santé, l’énergie, la voiture automatique, etc. Mais c’est à ce niveau supérieur d’un nouvel enfant du Net que les choses devraient se jouer, dans dix ans, vingt ans… là où le Web ne sera plus que de l’entertainment – le Web du Spectacle – et où la maîtrise de l’information factuelle du monde que vraisemblablement, pour des raisons de Guerre et de Paix, les Etats et la nébuleuse ONG ne laisseront pas dominer un acteur américain (2).

Notes :

(1) Comme je l’ai lu chez un blogueur SEO mais j’ai oublié et qui s’il se reconnaît, tu n’hésites pas me laisser un message que je corrige. 😉
(2) On n’a pas parlé de Baidu ni de Yandex, s’il y a des passes d’armes elles resteront probablement au niveau moteur de recherche et de publicité. Et en ce sens Google est peut-être la dernière grande oeuvre d’un empire.

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